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dimanche 17 août 2008

Christophe - Aimer ce que nous sommes : un album différent et personnel

Pour beaucoup, à commencer par votre serviteur, Christophe est longtemps resté le symbole d’une certaine forme de variété douce-amère, acidulée à souhait par des claviers d’un autre âge. Un porte-drapeau d’une culture qui me fit danser et flirter à mon adolescence, aux accents de ces yeux bleus délicieusement kitch pour lesquels je garde forcément une tendresse particulière.

Et puis Christophe a disparu, comme s’il refusait de se cantonner à sombrer dans la nostalgie de ses succès pour faire bouillir la marmite, comme certains de ses confrères. En 2001, il refait surface avec Comme si la terre penchait, un album sombre et subtilement arrangé par un artiste pluriel et singulier, marqué par une vraie inspiration, des textes et des compositions troublants et ambigûs, la sensibilité à fleur de peau.

Il aura fallu sept ans de plus pour donner naissance à Aimer ce que nous sommes. Des rencontres, sans doute beaucoup de nuits blanches comme il les affectionne, une envie de se projeter plus loin encore, un peu à la manière d’un Bashung dans son Imprudence, vers ce mélange original et inattendu de poésie simple, d’arrangements parfois flamboyants, sans oublier pourtant le côté « néon juke-box lino » qui caractérise son univers crépusculaire et sensuel.
Si « aimer ce que nous sommes », c’est assumer toutes les facettes de sa personnalité, alors Christophe peut se venter d’avoir brillamment réussi son pari en mélangeant des morceaux d’une rare sophistication formelle – profond et sensible à la fois dans ses textes et ses partis pris artistiques –, à des plages plus ludiques, consciemment kitch, tel « Tonight Tonight » dont raffolera son public habituel.
Pourtant, Christophe échappe facilement aux clichés en mélangeant les genres et les cartes, en jouant du vocodeur et des synthétiseurs, d’un piano qui pleure sous les sentiments ambigus, sombres et lumineux à la fois, pour nous faire plonger dans son univers, oreilles et cœurs aux aguets à la découverte d’un personnage attachant dans sa complexité et son ambivalence assumée. Influences ethniques et guitare électrique en bandoulière, exaltation des montées en puissance des violons, voix écorchée par ce mélange de modernisme et de mélancolie, Christophe se livre et se délivre tout entier, amoureux fou et transi, romantique, pudique et provocateur à la fois pour toucher son auditoire.
Certains y verront peut-être, par manque de référence ou de vécu, l’expression d’un ego démesuré ou d’un jeu de miroir pseudo intellectuel. J’y ai vu pour ma part une envie d’exister complètement, totalement, à travers des mélodies souvent belles et pas si faciles, servies par des textes que l’on prend plaisir à décrypter sous la production luxueuse qui les habille.
Et puis il y a ces amis, ces visites qui habitent le disque en filigrane, comme la voix d’Isabelle Adjanie sur « Wo wo wo wo », le premier morceau, la trompette au timbre tellement personnel d’Erik Truffaz sur le magnifique « Odore di femina », les gitans qui entourent Moraito Chico ou le piano de Carmin Appice quand Christophe ne se met pas lui-même à l’instrument.
Aimer ce que nous sommes est un album troublant, séduisant, sombre et différent, sensible et puissant, que l’on prend plaisir à écouter tout entier, pour entrer complètement dans l’univers d’un artiste qui mérite largement sa place dans une discothèque d’aujourd’hui. En tout cas dans la mienne !



Un peu de technique :

Il suffit d’écouter la dernière plage du disque pour prendre conscience du nombre impressionnant de personnalités, de techniciens, d’artistes et d’instrumentistes mis à contribution pour réaliser cet objet sonore complexe. Enregistré dans huit studios situés dans trois pays différents (France, Angleterre et Espagne), Aimer ce que nous sommes aurait pu se révéler moins convaincant techniquement que musicalement. Mais il faut croire que Christophe et Christophe Van Huffel, responsables de la production, savaient ce qu’ils faisaient au moment de rejoindre en un tout cohérent les délires et les voyages d’un artiste qui préfère visiblement la courbe à la ligne droite. Aimer ce que nous sommes est un album étonnant, pas toujours parfait, mais remarquablement abouti compte tenu de cette complexité viscérale. Tout le monde semble y trouver sa place au sein d’un espace sonore électroniquement très travaillé, qui ne manque pas de mettre en valeur chaque interprète. Mélange d’ambiances électroniques et acoustiques, le disque nous emmène en voyage, nous ballade dans les rues sombres d’une ville la nuit ou sous les feux des projecteurs d’une boîte de nuit, emporté par des basses profondes et contrôlées, un haut du spectre tour à tour rustique et croustillant de détails, mais toujours dans l’emphase d’une mise en scène qui ne ménage rien pour impressionner l’auditeur. Evidemment, les réverbérations exacerbées, surtout sur les voix, et les effets stéréo feront leur petit effet sur n’importe quel transducteur, même si la compression omniprésente étouffe parfois un peu la dynamique dont sont capable les plus gros systèmes.

Christophe
Aimer ce que nous sommes
Chez Universal Music

A écouter aussi: Comme si la terre penchait

samedi 28 juin 2008

Alanis Morissette - Flavors of Entanglement

Alanis Morissette fait partie de ces petits génies de la scène pop rock que j’apprécie tout particulièrement pour la qualité de ses textes et sa capacité à m’étonner à travers une spontanéité qui la démarquent clairement de la compétition anglo- saxonne traditionnelle.

C’est pourquoi j’attendais avec plaisir la sortie de son nouvel album « Flavors of Entanglement » (Littéralement « saveurs d’enchevêtrement »… Quel titre !) qui signe son grand retour après quatre années d’absence.
Mais que s’est-il donc passé pendant ces quatre années pour que la petite Canadienne aux cheveux longs et à la verve inimitable, disparaisse de la scène internationale ? Elle est tombée amoureuse, tout simplement ! Et comme elle s’est faite plaquée, elle a retrouvé son inspiration dans la douleur, forcément !

Flavors of Entranglement n’est donc pas, à proprement parlé, un album réjouissant (pour celles et) ceux qui auront le plaisir de savourer ces textes, parfois naïfs, souvent touchants, qui parlent de la séparation, de l’amour, du manque… Autant de thèmes abordés à travers des mélodies avec une sensibilité à fleur de peau et un vrai sens poétique qu’on lui attribuerait les yeux fermés.

Pourtant, Alanis Morissette ne s’est pas contentée de composer des ballades sentimentales, comme dans le très beau « Not as we », où elle raconte le difficile retour de la pensée du couple à la solitude du célibataire pour captiver son auditoire.
Elle a aussi fait appel à Guy Sigsworth pour cocomposer et produire un album qui renouvelle son style à travers un virage électro pop comparable, dans l’esprit, à celui effectué voici quelques années par Madonna avec l’aide de Mirways. Le musicien de Frou-Frou, bien connu pour son travail sur les premiers disques de Bjork (« Post », « Homogenic » et « Verspetine » quand même !) et son succès planétaire avec Madonna « What it feels like for a girl » est d’ailleurs crédité sur pratiquement tous les morceaux, que ce soit aux programmations, aux arrangements, au piano, à l’orgue…

Et pour finir de se démarquer, Alanis a placé aux manettes Andy Page, à un ingénieur du son un peu fou pour enregistrer, mixer et masteriser un disque qui ne manque certes pas d’énergie, même si ça ne va pas toujours dans le sens de la subtilité. Pour dire les choses simplement, les amateurs de compression intelligente, mais aussi de basses profondes et de dynamique ahurissante vont être servis !

Sur le premier morceau un peu démago « Citizen of the planet », les effets sonores, mis en valeur par de violents changements de phases vous sautent littéralement à la figure… avant que le niveau ne fasse un bon fulgurant de 3 dB pour vous surprendre sur le refrain. « Underneath », déjà bien connu des radios est beaucoup moins original, mais démontre une programmation des percussions intéressantes. « Strait Jacket » laisse un arrière-goût de déjà-vu, « Versions of violence » vaut plus pour ses paroles que pour le soin de sa mélodie, « Not as we » est une belle balade au piano alors que « In praise of the vulnerable man…» vous fait exploser les oreilles à coup de basses profondes et compressées. Le suivant joue sur l’espace et ainsi de suite pour créer une ambiance spécifique comme un écrin aux textes d’Alanis. Le dernier morceau, « Incomplet », laisse entendre à dessein que le disque n’est pas terminé… et ce sera le cas pour celles et ceux qui acquerrons l’édition limitée de l’album, qui contient quelques morceaux supplémentaires, pas forcément indispensables.

Au final, Flavors of Entanglement n’est pas le meilleur album d’Alanis Morissette, mais il démontre avec un certain talent son désir profond de se renouveler musicalement, sans pour autant renier la sensibilité qui a construit son succès. Si les mélodies en elles-mêmes manquent parfois un peu d’originalité, la qualité des textes et la manière dont ils ont été mis en scène, méritent que l’on donne sa chance à cet album qui apparaît à la fois plus abouti et bien plus intéressant que la dernière pirouette d’une certaine Madonna…

Alanis Morissette
Flavors of Entanglement
Sortie le 2 juin dans les bacs chez Warner

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samedi 7 juin 2008

Josh Roseman - New Constellations: Live in Vienna

Josh Roseman est un tromboniste, et rien que ce fait explique beaucoup de son parcours. Le trombone est un instrument difficile, ingrat à bien des égards, tout du moins quand il n’est pas motivé par un souffle puissant. De ce côté là, il n’y a rien à craindre : j’ai déjà eu l’occasion de raconter ici comment la verve de cet homme pouvait faire trembler les micros ( cf le reportage sur l’enregistrement du prochain disque de Bojan Z) tout en étant capable de cette délicatesse que l'on ne retrouve que chez les musiciens qui maîtrisent parfaitement leur instrument.

L’homme est donc un excellent musicien, mais il est aussi compositeur, improvisateur de talent et même réalisateur, comme le prouve son dernier album : « New constellations : live in Vienna » qui exploite un concept assez peu utilisé : le concert réinterprété en studio.
Au premier abord, il s’agit bien d’un enregistrement live. Mais Joshua ne s’est pas contenté d’une captation: il n’a pas hésité à y ajouter après coup des effets spéciaux et spatiaux (échos, réverbérations et autres petites gourmandises électro) pour dépasser l’expérience du concert.
Qu’elles soient juste interprétées ou réinventées à l’envi, de lui ou d’autres (avec notamment une belle version d’une chanson de Beattles : I should have known better), les mélodies de cet album puissant, soutenu par des musiciens de talent, oscillent entre le reggae, le jazz et la pop, sans s’emmêler les pieds. Cette juxtaposition des rythmes de la Jamaïque et du gros son d’un saxophone ténor ou d’un trombone à coulisse donne effectivement parfois le vertige, et l’envie de se laisser emporter vers les constellations dont Josh Roseman nous ouvre la voie.
Et puis, ces étoiles savent se faire plus mélancoliques, moins brillantes, plus secrètes, comme sur le très beau purpled turtles liberations, qui commence comme une ballade au piano avant de se laisser gagner par la puissance d’un pied de batterie dévastateur ( Justin Brown, compact et solaire à la fois), la basse qui le soulève ( Jonathan Maron) et les éclats de lumière électrique qui entourent les improvisations de Josh Roseman.
Un ensemble qui constitue en tout cas une expérience pleine de bonnes surprises, une œuvre mélodique et accessible qui mérite plusieurs écoutes pour se laisser totalement découvrir dans la joie et la bonne humeur d’un album qui ne se prend pas la tête…


Deux brins de techniques :

New Constellations : live in Vienna a été entièrement revisité en studio à partir des pistes enregistrées pendant un concert donné le 14 juin 2005 au Joe Zawinul’s Birdland de Vienne. On ressent immédiatement la spontanéité des musiciens…et aussi le pied terrifiant du batteur sur certains morceaux ! Sans être d’une définition renversante, la partie purement acoustique est restituée avec une bonne présence et un publique plus que discret. Les effets ajoutés, surtout lorsqu’ils jouent sur l’espace stéréophonique, la profondeur et la largeur de la scène sonore, restent parfaitement intégrés tout en apportant une dimension supplémentaire que l’oreille appréciera à sa juste valeur sur un système Hifi digne de ce nom.

Josh Roseman
New constellations : live in vienna
Chez Accurate


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vendredi 25 avril 2008

Madonna - Hard Candy : Une pompe à fric sans intérêt

Cette fois, c’est sûr : Madonna, Louise Ciccone n’a plus rien à dire ! Son dernier album Hard Candy ne mérite même pas qu’on l’écoute une fois. J’ai pourtant fait partie de ceux qui avaient apprécié le virage amorcé par la pope star avec William Orbit sur le magnifique album Ray of light où Madonna dévoilait une nouvelle facette de sa personnalité. J'ai ensuite frissonné aux effets sonores développés par Mirwais pour Music puis American Life, deux albums superbement produits qui démontraient sa capacité à se renouveler sans renier les fondements de son succès. J'avoue avoir été moins conquis par Confessions on a dance floor, mais le disque avait au moins le mérite d’annoncer clairement ce que l’on devait en attendre sur la pochette et dans son titre. C'est sans doute tout aussi vrai de Hard Candy mais je ne vois pas bien ce que l'on pourra trouver à ce ramassis affligeant de chansons insipides et sans saveur, dont la production n’arrive même pas à égailler mon système, pour en justifier l'existence. À vouloir imiter les petites reines du R&B, à coup de boucles et d'effets vus et revus, Madonna démontre simplement qu’elle n’a plus ce qu’il faut, et que son « inspiration » s’est tarie. Inutile d’en dire plus, vous m’aurez compris !


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lundi 21 avril 2008

Alain Bashung - Bleu pétrole




Finalement, six ans après L’Imprudence, le nouvel album d’Alain Bashung est arrivé dans les bacs. J’avoue avoir mis du temps à glisser Bleu pétrole dans le tiroir de mon lecteur, par peur de ne pas retrouver la même intensité musicale que sur cet album devenu mythique à mes oreilles par ce mélange unique et touchant de sensibilité, d’introspection et d’inspiration poétique.
Dès la première écoute, on comprend d’ailleurs que Bleu pétrole ne cherche pas à chanter sur les traces de son glorieux aîné. Moins intemporel, plus facile d’accès, il transporte tout de même sa dose de noirceur et de mélancolie, mais elle reste en surface, alors que « l’imprudence » nous entraînait dans les bas-fonds, les pieds lestés par des gueuses de plomb, pour visiter les ruelles sombres de ses (dés)illusions perdues. Pour autant, le disque profite de quelques textes bien trempés (de pétrole) qui profitent de cette voix, de ce phrasé inimitable, qui donne de l’épaisseur à un mélange réussi de blues et de rock que l’on prend plaisir à découvrir, puis à écouter, jusqu’à tomber finalement sous le charme, simplement, même lorsque tout va bien. Car, au-delà du retour aux sources annoncé, Bleu pétrole est surtout l’occasion pour Bashung de retrouver son rôle d’interprète à travers de nouvelles collaborations qui le laissent en marge de la composition et de l’écriture. Réalisé par Gaëtan Roussel (l’auteur-compositeur du groupe Louise Attaque qui signe ici seul, ou accompagné, six morceaux) et Mark Plati (que l’on a retrouvé derrière les Rita Mitsouko ou David Bowie), le disque a, semble-t-il, pris son temps pour se trouver autour d’Armand Méliès, Gérard Manset et Joseph d’Anvers qui remplacent le tandem Bashung-Fauque des derniers albums, sans essayer à tout prix de « faire » du Bashung.
Si Bleu pétrole n’est pas pour moi le meilleur album du rocker français, il rappelle avec succès les bons moments passés ensemble à travers un sentiment diffus, d’un bout à l’autre du disque, qui ressemble à celui des retrouvailles attendues. Il symbolise l’envie d’un homme libre de retrouver le plaisir simple de chanter, de s’éloigner aussi d’une forme d’introspection et de recherche expérimentale qui aurait pu le conduire, de son propre aveu, aux frontières de la folie. Sans pour autant trahir la sensibilité qui me le fait préférer à tant d’autres et lui renouveler l’admiration respectueuse que l’on doit à un artiste de sa trempe.
Au final, voici un album à écouter sans a priori, qui pourrait bien conduire celles et ceux qui ne connaissent pas encore Bashung à entrer progressivement dans son univers, avant de s’attaquer au cœur de son œuvre, une fois le premier choc amorti.

Deux éditions, classique et luxe, en vente simultanément

Bleu pétrole profite d’une production "classieuse", principalement acoustique, qui remet à l’honneur guitares sèches et batteries, agrémentées tout de même de quelques claviers bien sentis, au sein d’une mise en espace convaincante et sans artifice. Équilibrée et relativement dynamique, elle restitue à merveille le timbre de la voix de Bashung et vous place dans la musique sans pour autant projeter l’image sonore sur vos genoux. L’édition Luxe comprend, en plus du disque, un beau livret illustré de quelques photos émouvantes de l’artiste, ainsi qu’un DVD Vidéo comprenant les sessions acoustiques de « Résident de la République », « Je t’ai manqué » et « Sur un trapèze » où l’on voit Bashung accompagné à la guitare par Gaëtan Roussel, ainsi qu’un documentaire qui retrace le cheminement du disque autour de ses auteurs-compositeurs.


Alain Bashung
Bleu pétrole
Edition: Barclay


lundi 3 mars 2008

Handel & Magdalena Kozena : Ah ! mio cor


Cet album, qui présente une anthologie d’airs tirés des opéras et des oratorios de George Frideric Handel porte bien son nom. Car il s’agit bien de célébrer une histoire d’amour ( Ah ! mon cœur) entre le compositeur d’origine allemande et la belle mezzo-soprano tchèque Magdalena Kozena.
Les compositions de Handel font parties de celles qui me touchent au cœur et cette sélection d’air ne fait pas exception, surtout lorsqu’elles profitent de la voix délicate et lumineuse de Magdalena Kozena accompagné pour la première fois par la formation prestigieuse d’Andrea Marcon : le Venice Baroque Orchestra qui propose une interprétation tout en subtilité de ces grands classiques.
Cette compilation se penche avant tout sur la période italienne du maître, sans faire pour autant tout à fait l’impasse sur sa période anglaise, avec notamment le « Where shall I fly ? » tiré de son « Hercule », trois morceaux en tout qui sont d'ailleurs de loin les moins réussis de cet album, tant on sent la cantatrice à la peine avec la langue de Shakespeare. Pour le reste, la technique imparable, le charme et l'expressivité de Magdalena Kozena font merveille pour révéler la palette de sentiments utilisés par Handel, avec toute l'émotion que l'on attend de ces morceaux de bravoure qui dévoilent l'exceptionnel sensibilité du compositeur.
Au milieu de cette anthologie, on appréciera notamment la magnifique interprétation de « Scherza infida in grembo al drudo » extrait de l’opéra Ariodante qui propose, avec une douceur extrême, l’un des « tubes » du compositeur. Une relecture tout en nuance bien différente de celle, tout aussi exceptionnelle et somptueuse mais plus démonstrative, d’Anne Sophie von Otter ( Ariodante – les musiciens du Louvre, Mark Minkowsi – chez Archiv production), qui entraîne vers la rêverie, porté par la voix parfaitement maitrisée, tendue, fluide et cristalline de Magdalena Kozena.
L’enregistrement fait la part belle à la voix de la chanteuse dont la dynamique est reproduite avec soin malgré quelques saturations discrètes sur les "forte", et une spatialisation intéressante, qui manque juste d’un peu de profondeur pour égaler les meilleurs exemples du genre. D'une manière générale, Ah ! mio cor reste une excellente manière de (re) découvrir Handel et de toucher du doigt l'art inimitable de ce maître en matière de chant et d'harmonie, avec cette capacité à émouvoir qui repose sur la remarquable cohérence du discours musical, délicieux équilibre entre une technique implacable et une inspiration débordante.

À celles et ceux qui tomberont sous le charme de cette compilation, je conseillerais plusieurs autres albums édités ces dix dernières années et qui rappellent que Handel est sorti de sa cage historique pour revenir sur le devant de la scène. On citera notamment un autre exemple précoce du talent de Magdalena Kozena, avec le très beau recueil de cantates profanes extraites de sa période italienne : Handel Italian Cantatas dans lequel elle collabore avec Marc Minkowski et « ses » musiciens du Louvre pour offrir un feu d’artifice vocal. Un bel enregistrement de Radio France édité chez Archiv Production, globalement très musical, même s'il peine parfois à suivre les envolés ahurissantes de la cantatrice en offrant une ou deux duretés que l’on pardonnera facilement devant la réussite globale de l’entreprise. On évoquera également L’allegro, il penseroso ed il moderato dirigé par John Eliot Gardiner chez Erato (techniquement et musicalement remarquable) et le récent Guilio Cesare qui regroupe une distribution époustouflante : Kozena encore, mais aussi Anne Sofie von Otter et Marijana Mijanovic sous la baguette décidément très prolixe de Marc Minkowski.

George Fridiric Handel
Ah ! mio cor
Air d'opéra & Arias interprété par:
Magdalena kozena - Andrea Marcon / Venice baroque Orchestra
Chez: Archiv Production

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mercredi 13 février 2008

Avishai Cohen - As Is... Live At The Blue Note



J’ai découvert Avishai Cohen il y a quelques années dans une petite boîte de Jazz parisienne nommé le Bilboquet ou ce bassiste et compositeur d’origine israélienne démontrait son talent entouré d’une bande de musiciens venus des quatre coins du monde ( the International Vamp Band) pour jouer un jazz mâtinée d’un mélange détonnant de rythmes judéo afro américain. Remarqué par le grand Chick Corea à New York (qui l’embarqua plus d’une fois en tournée), son troisième album en tant que leader, Unity, m’avait déjà fait forte impression en démontrant une vraie maturité à travers sa capacité à s’effacer devant la musique. J’y découvrais, en marge de la contrebasse, son talent de pianiste à travers des mélodies originales véhiculant la passion, la mélancolie et la joie de vivre d’un musicien en pleine découverte de lui-même.

Trois disques plus tard, le voici de retour avec As Is… Live At The Blue Note enregistré, comme son nom l’indique, au Blue Note, boite New-yorkaise mythique s’il en est, en compagnie de Sam Barsh au piano (remarquable) et au mélodica, Mark Guilliana aux percussions, Diego Urcola à la trompette et Jimmy Green au saxophone. L’album contient à la fois un CD et un DVD pour une expérience totale de ce moment forcément privilégié pour l’artiste.
Sans être révolutionnaire, ce concert mérite toute votre attention. On y trouvera un mixe de ses meilleurs morceaux ainsi qu’un certain nombre de nouvelles mélodies, enrichies par le saxophone et la trompette, ainsi qu’une version intéressante de la « Caravan » de Duke Ellington et Juan Tizole, joliment arrangé et interprété par un groupe de musiciens qui prend visiblement plaisir à jouer ensemble.
Avishai Cohen, à la basse électrique et à la contrebasse, souligne et explore la mélodie avec conviction et un touché qui n’est pas sans rappeler parfois celui de Paul Jackson sur le célèbre album d’Herbie Hancock Head hunters. Bien aidé par le piano de Sam Barsh, le saxophone d’un Jimmy Green brillant et les rythmes enlevés de Mark Guilliana, on se laisse ainsi emporter pendant une grosse heure par la passion communicative qui se dégage de ce concert.
Une motivation que l’on retrouve d’ailleurs sur le DVD qui restitue bien l’ambiance si particulière du Blue Note et permet de mieux découvrir le talent de Sam Barsh au piano, l’énergie réjouissante d’Avishai Cohen…et la santé de la piste PCM qui accompagne des images dont la qualité est forcément un peu bridée par le manque de lumière : bruit vidéo, cross colore et fourmillements au programme. D'une manière générale, le concert a été enregistré avec soin et pourra s’écouter comme un album studio, agrémenter de l'ambiance inimitable de la salle, les bruits de fourchettes et de verres et cette tension qui n'appartient qu'à la scène, constituant du même coup un Best of d’Avishai Cohen parfaitement recommandable auprès de celles et ceux qui voudront le découvrir.

Avishai Cohen
As Is… Live At The Blue Note
Edition: Half Note


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mardi 29 janvier 2008

Marcel Kanche: Vertiges des lenteurs


Le dernier album de Marcel Kanche, vertiges des lenteurs , n’est pas à proprement parler une nouveauté, puisqu’il est sorti en 2005, mais j’éprouve le besoin urgent de vous en parler avant qu’il ne disparaisse, peut-être définitivement, des bacs des disquaires. Marcel Kanche fait partie de ces rares poètes français, auteur, compositeur et interprète, qui ne cherche pas à plaire à tout le monde mais à développer son univers au rythme de son inspiration. Si vous cherchez une musique réjouissante et sautillante pour faire la fête entre amis, choisissez autre chose ! Car l’homme est ombrageux et son œuvre, pour tout dire, délicieusement sombre, extra lucide et romantique, marquée comme au fer rouge par une sensibilité à fleur de peau, portée par une voix granuleuse et fêlée, parfois à la limite de la rupture dans sa fragilité non feinte.
Vertiges des lenteurs est donc un album qui touche au cœur ou ne touche pas. Et s’il entraîne parfois à la mélancolie, fleuretant même avec le désespoir quand il entonne « rien ne sera comme avant » ou « Elle t’alite », c’est pour nous entraîner dans un univers ou les mots, sculptés comme une matière rythmique et sonore, éveillent les sens et l’essence même du poète.
Pour donner vie à ses vertiges, ce marginal atypique de la chanson française s’est donné le temps de composer des mélodies ciselées et souvent sensuelles, dans lesquelles le silence a sa place au même titre que les expériences qui constituent le travail de sa vie. Fleuretant sur les concepts, à la lumière des « lucioles oscillantes », il a su s’entourer de musiciens de grands talents, amis et amies de tous horizons pour l’accompagner dans ce long voyage au limite de l’âme humaine. Milo Malan à la batterie, Nicolas Pabiot au piano, à l’orgue et à l’harmonium et Marcel Kanche à la guitare et à la mandoline constitue une base inventive que vient enrichir, par petite touche, la présence du guitariste John Greaves, le violoncelle magique de Vincent Segal ou l’harmonica de Pierce Faccini, pour ne citer que quelques uns des protagonistes de ce disque résolument différent.

Il faut dire encore que Vertiges des lenteurs profite aussi du magnifique travail de réalisation de Philippe Teissier du Cros qui signe ici une mise en forme particulièrement impressionnante, à la fois épurée et complexe, qui magnifie encore la musique de Marcel Kanche. Dopé par un enregistrement naturel qui laisse tout entendre, un grave redoutable d’efficacité et de définition et une image sonore bluffante, cet album est un vrai bonheur pour libérer le potentiel d’un système hifi de haut de gamme. Une raison de plus d’acheter ce disque que sa faible diffusion devrait bientôt rendre difficile à trouver.

Marcel Kanche
Vertige des lenteurs
Edité au Label Bleu

dimanche 6 janvier 2008

Radiohead: In Rainbows


Je suis un fan de Radiohead de la première heure. Ce mélange inventif, unique, puissant et mélancolique, à la fois sombre et lucide, de pop et d’électro m’a toujours fait vibrer jusqu’au bout des oreilles. C’est donc avec intérêt et un certain amusement, que j’ai observé la sortie de leur dernier album In Rainbows sur Internet, le 10 octobre 2007. Séparé de sa maison de disque EMI depuis 2006, le groupe proposait alors son album en téléchargement « payant »…au prix décidé par le consommateur. Une manière unique et originale de s’instituer producteur à travers laquelle le groupe espérait éviter, au moins en partie, les téléchargements illégaux tout en incitant ses fans à venir les découvrir en concerts, dont le groupe tire aujourd’hui la plus grande part de ses revenus.
Comme on pouvait s’en douter, de nombreux internautes ont téléchargés l’album gratuitement en MP3, ce qui en dit long sur le comportement de certains consommateurs et le peu de considération qu’ils accordent à la valeur artistique d’une œuvre. À leur décharge, il faut avouer que le téléchargement de fichiers de piètre qualité sonore, délivrés sans illustration, livret ou commentaire ne présente pas un intérêt particulier pour un vrai amateur de musique dont le plaisir réside dans la découverte d’un album dans les meilleures conditions possibles. Personnellement, j’aurais apprécié de pouvoir télécharger le disque en qualité CD, voir en haute définition, et j’aurais dès lors trouvé normal de payer pour cela un prix décent, fixé à l’avance. Pour être tout à fait honnête, le site de Radiohead proposait bien aux plus exigeants le « discbox » : un système de pré commande comprenant un téléchargement de l’album en MP3 et, dans un deuxième temps, un coffret contenant l’album en CD et en double disques vinyles, un deuxième CD comprenant 8 morceaux inédits ainsi qu’un livre sur le groupe, mais là, il fallait carrément débourser 40 Euros !

Pourtant ma première appréciation de la situation semble aujourd’hui battue en brèche par les informations qui circulent sur Internet. Le groupe n’a pas souhaité communiquer clairement sur les résultats de ce marketing particulièrement audacieux, mais il se murmure que l’album se serait tout de même vendu à 1,2 millions d’exemplaires en MP3 à un prix moyen de 7,5 Euros. Voilà qui prouve en tout cas que les fans de Radiohead ne sont pas des ingrats et que leur impatience à découvrir In Rainbows valait bien le sacrifice de la qualité, quitte à racheter le CD dans un deuxième temps.

Le CD, je l’ai dans les mains depuis hier soir. Il s’agit en fait d’un Kit qui comprends une pochette en carton dans laquelle on trouve le disque dans un étuis, un livret pour le moins succinct et deux autocollants reconstituant la jacket ( face et arrière) d’un CD en boitier cristal. Pourquoi pas. J’aurais tout de même apprécié un livret un peu plus explicite et complet, mais à 14,90 Euros chez Virgine en prix nouveauté, c’est déjà ça.

Et la musique dans tout cela ? In Rainbows est un excellent album de Pop, beaucoup plus facile d’accès que Hail to the Thief ou Kid A, tout en restant suffisamment différent et original pour demander plusieurs écoutes avant de s’offrir tout à fait à son auditoire. On y retrouve ce mélange unique d’enthousiasme et de mélancolie, de morceaux électro-pop déjantés et pêchus tel que « 15 Step » et de balades redoutables d’efficacité telle que « videotape », portée par le piano et la voix unique de Tom York. D’une manière générale, In Rainbows fait d’ailleurs beaucoup moins appel aux programmations sauvages que ses prédécesseurs pour revenir au basics efficaces de la pop, batterie et guitare en tête. Et s’il reste sombre comme il se doit pour un album de Radiohead, il s’affirme plus lumineux que Hail to the Thief sans pour autant tomber dans le pathos, je vous rassure !
Au final, In Rainbows est donc un disque réussi, même si avec moins de 43 minutes en tout, il laisse un peu sur sa faim le fan que je suis. On devine facilement en le réécoutant la latitude que s’est laissé le groupe pour le réinventer en scène et j’attends avec impatience le « Live » qui devrait en être déduit un jour. Mais au moment de conclure, je ne peux pas m’empêcher d’évoquer le dernier album solo de Thom York, The Eraser, sorti voici quelques mois et qui me semble aller plus loin dans tous les domaines.

Avec 41 petites minutes, il est pourtant plus court encore que In Rainbows, mais il s’agit d’un véritable petit chef d’œuvre musicale que j’ai bien dû écouter une cinquantaine de fois depuis que je l’ai acheté. A la fois plus sombre et porteur d’espoir, superbement produit, bourré de programmations ravageuses et d’orchestrations inventives et touchantes, il me semble plus abouti et plus profondément encré dans la musique que In Rainbows et en ce sens, devrait mieux résister au temps que ce dernier.
Si vous aimez la voix de Thom York et si vous aimez Radiohead, The Eraser est donc tout à fait indispensable à votre discothèque et, ne serait ce que pour « Analyse », une merveille que je place parmi les quatre ou cinq plus beaux morceaux de l'année 2007, un album intrinsèquement plus fort que celui du groupe…


Radiohead
In Rainbows
Auto produit

Thom York
The Eraser
Auto produit

samedi 29 décembre 2007

Hadouk Trio en live: Baldamore


La sortie du nouvel album live du Hadouk Trio, Baldamore, constitue un double évènement pour moi. D’abord parce que je suis un fan de ce groupe inventif et des membres qui le constituent, mais aussi parce que j’ai assisté à son enregistrement, devant et derrière la scène, les 22 et 23 mai 2007 au Cabaret Sauvage: une occasion unique de se constituer une nouvelle référence musicale et technique pour mes essais de matériels.

Mais commençons par l'essentiel. Hadouk, c’est d’abord une poésie et une volonté de transcender les frontières, de mélanger les saveurs de l’Afrique et de l’Orient, de jeter un pont entre les traditions, le jazz et la world, qui touche directement aux cœurs des amateurs de musique vivante et acoustique.


Ce mélange de genres s’exprime d'abord dans la constitution de ce trio de musiciens multi instrumentistes, auquel chacun apporte quelque chose de son expérience et de ses voyages. On pense en particulier au Doudouk, de Didier Malherbe, hautbois arménien en bois d’abricotier, à la Gumbass de Loy Ehrlich, sorte de mélange improbable entre le Guimbri et le manche d’une basse électrique, sans oublier la matière lumineuse du Hang de Steve Shehan et de ses boites à rythme de peaux, de métal et d’argile, qui nous entrainent à la découverte de nouvelles sonorités, de ces timbres venus d’ailleurs qui font toute la richesse du patrimoine musical de notre planète.



Mais au delà de cette découverte initiatique, qui vous donnera l’occasion unique de découvrir un nombre d’instruments et de percussions impressionnant, Hadouk Trio c’est d’abord une joie de vivre et une envie de communiquer la passion de la musique qui entraînent sans mal l’auditeur dans l’utopie virevoltante de la voie lactée qui est au cœur de leur dernier album studio. On saluera au passage le jeu inspiré de la Gumbass (magnifique sur Baldamore) et des claviers de Loy Ehrlich qui construit une ambiance différente à chaque morceau, la frappe et le sens du rythme exceptionnel de Steve Shehan ( avec une mention spéciale pour le Hang de la plage 5 "Hijaz" qui fait voler en éclat la frontière entre la percussion et l’instrument mélodique) et l’inventivité réjouissante de Didier Malherbe ( la toupie magique de la plage 8 "Tourneblues" que l’on retrouve également sur le DVD) qui éclaire de son souffle maîtrisé l’ensemble de la partition.


La notion de partage et de voyage qui caractérisent le groupe se retrouve aussi dans la voix du désert Mauritanien de Malouma Mint Meidah, le Bongo de Bachar Khalife et la Trompette de Nicolas Genest, trois invités de choix et de coeur qui ajoutent chacun à leur manière une authenticité supplémentaire à ce pure moment de bonheur fraternel.


Au delà de l’aspect artistique, on saluera aussi la qualité technique de cet enregistrement ( réalisé par Maïkôl et Philippe Teissier du Cros) et du mixage ( PTDC à nouveau), qui restitue à merveille l’ambiance et l’énergie du concert en explorant la scène sonore, la qualité des timbres et la bande passante dans ses moindres détails, mais sans jamais perdre contact avec la musique. Voilà un disque qui devrait plaire aussi aux audiophiles désireux d'explorer les possibilités de leur système Hifi sans pour autant tomber dans la caricature ou la démonstration stérile. Baldamor vient rejoindre ainsi la courte liste d'enregistrements "Live" qui me sert de référence lorsque je teste du matériel.




Enfin, pour les amateurs d’image, il faut aussi saluer la réalisation et le montage impeccables du DVD qui accompagne l’album dans son édition collector (le CD et le DVD sont également disponibles séparément). Thibaut Castan, à qui l’on a confié cette tâche difficile, reconstitue avec brio l’ambiance si particulière du Cabaret Sauvages, circulaire et intime autour des musiciens, à partir des prises de vue fixes et Steadicam (caméra mobile) réalisées le premier soir. L'occasion de découvrir une vision différente et alternative des morceaux que l’on retrouve, ou pas, sur le CD. Un atout supplémentaire indéniable pour cet album qui semble avoir bénéficier des meilleures compétences dans tous les domaines pour laisser la musique du Hadouk Trio s’exprimer sans ambages. Un must !


Hadouk Trio
Baldamore
Chez Naïve

Lien vers Naïve

Crédit photo:
Les images de cette page ont été réalisées par mes soins à l'aide d'un Nikon D200 équipé d'un zoom AF-S Nikkor 17-55mm 1:2.8 G ED et d'un AF-S Nikkor 80-200mm 1:2.8 ED. Merci de ne pas reproduire sans mon autorisation préalable.

mercredi 5 décembre 2007

Bach / Coltrane: Raphaël Imbert Project

En marge de la soupe commerciale dont on nous rabâche les oreilles sur les radios à longueur de journée, certains labels continuent fort heureusement à défendre des projets qui portent en eux l'âme et la créativité des musiciens qui en sont les instigateurs. C'est le cas notamment du label Zig Zag qui nous propose un voyage décalé, entre mémoire et improvisation, au cœur de la mystique musicale symbolisée par Coltrane et Bach.


L' album Bach - Coltrane est né de la rencontre entre le saxophoniste Raphaël Imbert et l'organiste André Rossi du Brotherhood Consort. Le plaisir de faire de la musique ensemble a donné naissance à une suite de pièces qui prend pour cadre la mystique qui rejoint John Coltrane et Jean Sébastien Bach à travers les siècles. Outre des pièces structurées, construites avant l'enregistrement, le disque contient plusieurs morceaux improvisés sur le moment (Art de la fugue, Largo BWV 1056, improvisation sur les lettres B.A.C.H).

Cette rencontre originale, organisée autour de l'orgue de Bouc Bel Air, profite également de la présence de Jean-Luc Di Fraya à la voix et aux percussions, de la contrebasse de Michel Péres, du Quatuor Manfred et de la participation du contre ténor Gérard Lesne pour dévoiler un univers d'une rare profondeur qui a su toucher mon cœur et celui de celles et ceux à qui je l'ai fait découvrir.

Mystique est bien le mot qui semble le mieux définir ce mélange réussi de sonorités, de sensibilités et d'inventivité qui demande à être écouté tranquillement sur son canapé, dans la quiétude d'une soirée entre amis mélomanes ou tout seul, au plus profond de la nuit, pour se laisser emporter sans entrave par l'émotion.

Un album émouvant que je recommande à toutes celles et ceux qui aiment Bach et le Jazz, et qui profite d'une réalisation toute en subtilité pour développer ses charmes auprès des oreilles les plus difficiles. Magnifique !

A découvrir dans les bacs fin janvier.

Retrouvez cette découverte musicale et bien d'autres sur EcoutezVoir magazine : www.evmag.fr

Bach - Coltrane
Raphaël Imbert Project
chez Zig Zag - ZZT080101

Liens vers Zig Zag